Bio

Je suis né à Lille, un 31 Août avec mon frère jumeau.

Et quand on naît « jumeaux », on cherche à vous différencier.

J’ai continué dans cette voie…

J’ai longtemps cru qu’être artiste c’était être différent.

Coûte que coûte. Être un look, une personnalité forte, être original… J’ai perdu du temps.

À écrire des chansons qui auraient pu représenter ce que je voulais être mais qui ne reflétaient pas qui j’étais.
À chercher l’originalité vestimentaire, sociologique, intellectuelle… qui aurait pu me permettre d’exister aux yeux des gens mais qui ne me permettait pas de me sentir vivant.
Ça a fonctionné, bien sûr, je m’en donnais les moyens… Le temps d’une chanson, de temps en temps, j’ai pu faire croire que j’étais différent.

J’ai longtemps cru qu’être artiste c’était être différent…

Le jour où j’ai arrêté de chercher à être différent, ce jour là, j’ai commencé à être artiste.

J’ai écrit sans me poser de barrière, j’ai composé sans me comparer, j’ai chanté comme ça sortait en respectant tout de même un instinct ou une pudeur qui me soufflaient parfois « là, tu en fais trop » ou « là, tu n’en fais pas assez »

Aujourd’hui,

J’écris LE MATIN, entre un café chaud et une cigarette.
Sur ma terrasse, en sentant comme l’air est bon quand, pour une fois, tu ne vis pas uniquement la nuit…

J’écris LA NUIT, bien sûr! Quand tu sais que tu es seul, dans le bon côté de la chose, une jolie solitude, un cocon dans lequel tu retranscris, par exemple, ce qui te plonge une fois de plus dans une insomnie mais que, maintenant, tu as appris à gérer…enfin….le plus souvent…

Parfois, sans rien avoir demandé, une phrase te vient et finit dans un refrain avec un sens que tu n’avais pas compris au départ…

Enfin, j‘écris ENCORE, même « scolairement » . C’est mon travail ( je l’ai compris )
Avec un cahier, des ratures, des « ça me saoule» ou des « génial, y’a quelque chose qui arrive ».

J’écris parfois pour provoquer l’écriture, parfois pour élargir, pour apaiser, pour avancer, ou par curiosité, par risque, pour évaluer là OÙ j’évolue, et surtout SI j’évolue…
J’aime bien savoir si les mots ont réussi à faire leur travail, eux aussi: si les anciennes blessures ne veulent plus dire « j’ai mal » mais « je comprends» ou bien «heureusement en fait»!

Puis il y a les concerts.

Mes mots vont-ils résonner? Est-ce qu’à ma façon j’ai pu exprimer les incompréhensions que l’on ressent tous parfois, qui nous dépassent, qui nous énervent, qui nous emmerdent, dont nous n’avons pas vraiment le contrôle.

Mon univers c’est l’amour, le temps qui passe, les gens qui changent, les âmes qui partent…

Mes concerts c’est écouter et ressentir, le temps d’un moment ensemble si nos blessures nous les vivons pareils.

Malgré les sujets que je traite c’est la façon dont je les traite que j’aimerais profondément que vous reteniez. Parce que malgré les soucis, les peurs ou les doutes qui sont exprimés c’est bien l’espoir que je mets au premier plan et sur chacun de mes morceaux. Je vous l’assure.

La façon dont on peut tirer le meilleur du pire qui va s’estomper. Car tout s’estompe…je crois

Et d’après les retours à la fin de mes concerts, lors de nos échanges, lorsque j’entends:
« j’ai eu l’impression d’être compris(e) »
Alors je veux continuer à faire mon métier autant que faire se peut car c’est le plus cadeau que vous puissiez me faire.

Avec vous je comprends mieux….mes incohérences, mes ambivalences, mes paradoxes car pour discuter avec vous souvent, et pour revenir sur ce que je pense d’un artiste, j’ai bien compris que je n’étais pas différent. Et qu’au contraire être artiste c’est être comme tout le monde mais avoir l’envie d’exprimer ce que l’on vit tous au quotidien.

Et c’est en ce qui va suivre que ce texte ressemblera à une (auto)biographie. Brève et j’espère non- impudique…

Pourquoi tout d’abord ma mère a décidé, elle-même, de quitter son corps, cette terre, quand mon frère jumeau et moi n’avions que 5 ans ? Et notre grand frère 10 ans?

Pourquoi me suis-je « «exilé » loin de ma famille il y a 5 ans dans un village à Saint-Mitre les Remparts près de Marseille, moi qui aimais tant Lille, ma ville, et cette famille qui me manque aujourd’hui tellement?

Pourquoi cet « exil » m’a apporté tant de lumières malgré les manques. Car je suis bien là où je suis. L’herbe serait-elle plus verte ailleurs pour certaines personnes?

Pourquoi ai-je réussi à m’en sortir là où d’autres ont échoué dans ce que l’on appelle les erreurs de jeunesse, dans les déviances, les chemins sombres et les mauvaises fréquentations?

Pourquoi est-ce que je fonce, moi qui ai si peur de tant de choses?

Pourquoi tiens-je absolument à voir le bon dans le mauvais quand, paradoxalement, il me semble que j’aime chercher le « hic » dans le bon? Serait-ce un manque de foi, une telle surprise dans ce monde que trouve si violent?

Pourquoi n’ai-je aimé ni l’enfance ni l’adolescence? Comment se fait-il que j’ai l’impression d’avoir trouvé à l’âge adulte une douceur plus grande alors que les responsabilités sont lourdes et les choix lourds de conséquences?

Pourquoi, dans les drames que j’ai vécus ( et comme chacun vit ) le plus dramatique n’a finalement pas été ces drames mais la façon dont je les ai vécus… C’est pour moi comme si c’était la fin…

Je pense que le malheur ne se compare pas. Certains perdent quelqu’un de leur famille et s’en foutent royalement quand d’autres perdent leur chat et ont envie de mourir! C’est le gros souci de ma vie: ma façon à moi de vivre les choses est parfois très handicapante. Il est difficile pour mon entourage de comprendre ma façon de réagir ou de « sur-réagir » me dit-on…
Mais j’apprends à être plus juste, plus équilibré.
Même le bonheur, j’ai dû apprendre à le gérer, il pouvait me faire tomber au sol…

Et l’argent? Pourquoi je n’aime pas comme l’argent transforme les gens mais que chaque jour je cherche à en gagner? Pour me mettre à l’abri? Pour avoir moins peur? Ou pour rester libre et ne dépendre de personne?
Pourquoi suis-je un homme en colère, trop souvent, des colères intérieures incroyables contre moi, contre l’injustice, contre le « j’m’enfoutisme », contre la bêtise; des colères… moi qui n’aime pas la violence?

Pourquoi j’aime encore tant le partage, l’entraide, l’amitié, l’amour, la révolution des cœurs, le respect, la tolérance, la différence, le plaisir, le désir, la couleur, l’espoir, alors que tous ces termes semblent aujourd’hui démodés? Ils ne devraient jamais l’être… C’est avec eux que je m’en suis sorti…

Quand à mes crises d’angoisse ou de panique?

Pourquoi en ce moment quand je vous écris je me sens si bien alors que demain ou même dans quelques minutes, il est possible que je retombe dans cette tristesse abrupte qui est, malheureusement, une grosse partie de qui je suis, et qui m’attire, comme le vide, mais dans lequel, j’ai fait le choix étant très jeune: je ne tomberai pas…

À bientôt sur scène, Je vous aime, Jean-Charles Wery